BLOG Ouche Insoumise

La loi du plus fort

DE L’EQUILIBRE DU MONDE ET DE LA JUSTICE


Le monde n’est pas une communauté globale, c’est une arène où les nations, des acteurs non gouvernementaux et les acteurs économiques s’engagent et combattent pour des avantages. Autrement dit, chacun combat pour ce que les dirigeants considèrent comme relevant de la défense de leurs intérêts. C’est aussi l’avis du Général Mac Master, conseiller de Donald Trump. En l’occurrence, il a raison ; ce serait vain de nier cette évidence parce qu’elle est affirmée par un proche de ce Président américain fantasque et imprévisible. Ainsi va le monde, depuis que l’espèce humaine s’est arrogé sa gestion en le dominant quand elle-même n’est pas submergée par l’écrasante puissance des forces cosmiques. Celui qui impose son pouvoir est le plus souvent celui qui détient la force dominante, la plus puissante, des Etats, des nations, comme au sein des sociétés. Il en résulte un déséquilibre qui entraine le plus souvent des situations d’injustice. C’est le pot de fer contre le pot de terre. Cela vaut dans les rapports entre Etats comme dans les rapports sociaux, dans les entreprises entre les gestionnaires du capital et les salariés. Les salariés, dans le système capitaliste, privé comme d’Etat, sont entièrement à la disposition du patronat : une situation de déséquilibre total si la loi, la règle, et l’action syndicale forte et unie, ne protègent, ne défendent pas le personnel contre une exploitation de la force de travail qui peut conduire jusqu’à l’esclavage, avec toute les nuances intermédiaires de la sujétion salariale.

C’est déjà ce que pensait le grec Thucydide dans l’antiquité, analysant la domination du fort sur le faible dans les causes des guerres du Péloponnèse. A propos certes de la guerre - mais la lutte des classes n’est-elle pas une sorte de guerre civile de diverses intensités ?

« Nous ne soutiendrons pas que notre domination est juste (...) Fi de ces longs discours qui n’éveillent que la méfiance (...) Nous le savons et vous le savez aussi bien que nous, la justice n’entre en ligne de compte dans le raisonnement des hommes que si les forces sont égales de part et d’autres ; dans le cas contraire, les fortes exercent leur pouvoir et les faibles doivent leur céder. »

La Fontaine pensait aussi que de son temps : « La raison du plus fort est toujours la meilleure... » Et quand le fort transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir1, le droit devient celui du fort qu’il impose au faible. Et la force sans la justice est tyrannique dit Blaise Pascal.


Quelques exemples du rapport de force dans l’exercice du pouvoir, dans la société française comme dans les rapports entre Etats


Le code du travail

Monsieur Macron et sa ministre, Mme Pénicaud après Myriam El Khomri, ne s’est guère inspiré de ces réflexions philosophiques pleines de bon sens quand il a imposé, avec dureté, une réforme du code du travail dont une majorité de français ne voulait pas. Mais surtout il offre, aux détenteurs du capital déjà tout puissant, un supplément de rapport de force. Dans l’entreprise, le salarié est quasiment seul, face au droit divin patronal, sujet asservi à un pouvoir discrétionnaire, si le syndicat ne compense pas ce déséquilibre. Or, les droits des délégués syndicaux, comme leur nombre, sont rognés dans ce nouveau code. Et dans une majorité de petites entreprises, les plus nombreuses, il n’existe pas de syndicat.

Le code du travail avait pour objectif de protéger le salarié en imposant des règles que le patronat devait observer. Le nouveau code rompt un équilibre déjà précaire du fait de l’insuffisance du nombre d’inspecteurs du travail chargé de faire observer ces règles. Rien n’est fait dans ce sens.

Ce code augmente les risques d’injustice sociale, en précarisant davantage les travailleurs.


Géopolitique : la Palestine

M. Trump, M. Netanyahou, les dirigeants de l’Union européenne dont M. Macron, qui estiment que les Palestiniens devraient parler directement avec le gouvernement israélien devraient méditer aussi sur les réflexions pleines de sagesse des philosophes. Car, comment peut-on estimer qu’il existe un rapport d’égalité entre l’Autorité palestinienne, la population qui vit sous la contrainte militaire de la puissance occupante depuis plus de 50 ans, ses organisations qui résistent avec des pierres, parfois des couteaux, par une frêle jeune fille qui gifle courageusement des soldats aux comportements cruels, qui viennent de blesser son frère. Contre les traitements humiliants, discriminatoires, les plus audacieux ou déterminés ont pris des armes ou des explosifs, actes suicidaires d’une jeunesse désespérée qui paie un tribut mortel chaque semaine à l’occupation (mais les actions terroristes sont devenues heureusement très rares). Ils font face à l’armée la plus puissante du Proche-Orient, la quatrième armée du monde qui dispose de chars, d’avions, de canons, de forces de police sans équivalence et de toute la puissance d’un Etat organisé, d’un pouvoir judiciaire militaire injuste qui discrimine les Palestiniens et favorise des colons illégaux et légalement armés.

Il est nécessaire de rétablir un juste équilibre, une égalité du rapport de force, pour que les négociations ne soient pas que des longs discours sans effet véritable. Il est nécessaire que des sanctions soient prises et appliquées si les accords éventuels ne sont pas respectés, comme ce fut le cas pour les accords d’Oslo, comme c’est le cas pour toutes les résolutions de l’ONU, jamais suivi d’effet, jamais respectées par le gouvernement israélien.

Rétablir l’équilibre, c’est une négociation dans un cadre international dont les premières décisions seraient de faire appliquer fermement le droit voté par l’assemblée générale de l’ONU : stopper la colonisation, obtenir le retrait des territoires occupés, faire appliquer le droit au retour des exilés ou leur juste compensation, libérer les prisonniers politiques et en premier lieu ceux qui sont emprisonnés administrativement et sans jugement, sans motif, abusivement comme le jeune avocat franco-palestinien Salah Hamouri, comme les 500 enfants emprisonnés, et surtout reconnaître la nation palestinienne et les droits de ce peuple à obtenir un Etat.


Ainsi parlait Jupiter !

« La croissance économique n’est pas une finalité en soi mais un moyen ». Dans le même mouvement, il invite les multinationales à renoncer à l’optimisation fiscale à tous crins et à défendre les biens communs que sont l’éducation, la santé, l’environnement ! Il invite les pays à « arrêter cette tendance à détricoter le droit social » !

Mais il oublie d’évoquer la réduction par l’Union européenne de la maigre liste des paradis fiscaux, comme le Luxembourg dont l’ancien premier ministre n’est autre que le Président ...de la Commission européenne, l’abandon d’une taxe sur les transactions financières…

Jupiter Macron, s’il n’a pas lu Thucydide ou pas reçu ses conseils avisés, a sans doute lu Ibn Al – Maqaffah, un scribe et fonctionnaire persan qui s’était permis, en 757, de faire quelques recommandations au Calife El Mansur, fondateur de la dynastie Abbasside :

A propos de la masse (ce repaire de fainéants selon M. Macron) : « Si on la traite avec sérénité, elle s’échauffe, si on la traite par la douceur, elle devient tyrannique, sa prospérité ne peut venir que de son imam. La masse compte une majorité d’êtres faibles et ignorants auxquels ne suffiraient leur propre réflexion, qui ne possèdent nulle science, nulle pénétration de choses...si par ailleurs, la classe supérieure vient s’occuper des affaires de la masse avec sérieux, sincérité, persévérance et vigueur, il en découlera un avantage pour la communauté, du prestige pour l’élite vertueuse un surcroît de prospérité et un moyen de parvenir au bien idéal...


Il n’y a de force et de puissance qu’en ......Il est le maître de la création, le détenteur du pouvoir...


En dehors de ce qui est la religion révélée et la tradition prophétique, c’est à lui, le calife, que revient l’avis décisif dans l’exercice du pouvoir de l’Etat dont les compétences s’étendent à tous les domaines.

Ne sommes –nous pas là en plein macronisme, malgré les apparences de la démocratie. La seule différence avec Macron, c’est que ce dernier n’a pas de Coran, il navigue à vue sans philosophie autre que les dogmes du libéralisme. Mais, lui seul détiendrait la vérité et ses fidèles obéissent, les autres sont des critiques cyniques. Reste à savoir jusqu’à quand, car il se pourrait que la masse s’échauffe et ne se contente pas de mots.

Les retraités par exemple qui se voient amputés de sommes importantes :

- 620 € par an, me dit une ancienne institutrice pour 20 000€ de revenus imposables ;

- 252 € en moins sur ma retraite complémentaire m’affirme un ex-cadre qui déclare 24 500 € de revenus.

Ce ne sont pas des pauvres, mais est-on riche avec de tels revenus ? Alors que les revenus des 1 % les plus aisés bénéficient de baisses d’impôts et que leurs dividendes n’ont jamais autant rapportés. Alors que tous les prix des services, des biens nécessaires augmentent et parfois considérablement : carburants et fuel, timbres, gaz, péages d’autoroutes, etc...Alors qu’un secteur essentiel comme la santé publique est dans une situation lamentable, notamment pour ses personnels en sous–effectifs - ce qui n’est pas sans conséquences sur les patients. L’éducation nationale est également en crise. Le gouvernement veut supprimer 120 000 emplois dans la fonction publique. En fait, pour réduire la dette et obéir aux diktats libéraux et imbéciles de la Commission européenne.

Dois-je parler du logement, de gens qui travaillent et ne peuvent pas se loger convenablement ou pas du tout et que l’on réduit les APL et les crédits au logement social ?

Et puis on licencie. Pourquoi les patrons s’en priveraient puisqu’avec le nouveau code du travail, ils peuvent le faire sans risque, en toute impunité, sans motif, même s’ils réalisent de superprofits. Voir Carrefour, PSA...


Pour parodier Coluche, qui avait proclamé en son temps, « j’appelle les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus, tous ceux qui ne comptent pas pour les hommes politiques à voter pour » ....La France Insoumise...


Allain Graux

Le 5 février 2018


1 Jean Jacques Rousseau